Le Plan d'action : Ce que nous ferons d'ici à 2010

5. Faire preuve de leadership dans le cadre des efforts mondiaux

Justification

De grandes parties du monde sont envahies par le VIH/sida. Comme il a déjà été mentionné, cette maladie a le potentiel de dévaster des économies émergentes et établies, voire de déstabiliser des gouvernements. Cela va sans dire, ses répercussions sont ressenties à l'échelle de la planète.

Les pays les plus durement frappés sont ceux qui possèdent le moins de ressources. Plus de 95 p. cent des infections par VIH se produisent dans les pays en développement où des facteurs tels que la pauvreté, les stigmates, l'inégalité des sexes et d'autres formes de discrimination et d'affaiblissement de l'autonomie alimentent l'épidémie. La situation est d'autant plus compliquée par le fait que l'épidémie elle-même exacerbe la pauvreté et coûte des personnes et des ressources aux pays déjà pauvres. Le taux élevé de décès y est attribuable en grande partie au manque d'accès aux traitements antirétroviraux et aux autres médicaments, soins et traitements qui sont hors de la portée de plusieurs pays pauvres dont l'économie déjà plombée par le remboursement d'une dette considérable.

Dans la Déclaration d'engagement sur le VIH/sida de la SEAGNU, 189 pays du monde ont convenu de travailler ensemble pour :

  • affecter plus de ressources à la lutte contre le VIH/sida;
  • assurer qu'une grande variété de programmes de prévention soient disponibles dans tous les pays;
  • assurer que les jeunes (âgés de 15 à 24 ans) aient accès à de l'information, à l'éducation et à des services pour réduire leur vulnérabilité face au VIH;
  • réduire les taux d'infection chez les jeunes;
  • réduire la proportion d'enfants nés avec le VIH;
  • renforcer l'anti-discrimination et la protection des droits de la personne pour les personnes séropositives et les groupes vulnérables;
  • renforcer les programmes de participation pour protéger la santé des personnes les plus touchées par le VIH;
  • renforcer l'autonomie des femmes pour réduire leur vulnérabilité;
  • élaborer des stratégies nationales pour renforcer les systèmes de soins de santé et garantir l'accès aux médicaments contre le VIH.

Le Canada a toujours joué un rôle actif en matière d'aide et de développement international. Nous avons l'obligation morale de lutter contre les iniquités entre pays développées et pays en développement, et de contribuer par nos connaissances et notre expertise à la lutte contre l'épidémie mondiale. En tant qu'État membre du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Canada a l'obligation « d'adopter des mesures, individuellement et au moyen de l'aide et de la coopération internationales, particulièrement sur le plan économique et technique, à la limite de ses ressources disponibles, dans le but de faire respecter… les droits reconnus dans le présent Pacte, par tous les moyens appropriés... »

Dans le cadre de ses obligations, le Canada s'est engagé à :

  • adhérer au Plan d'action de dix ans de la Déclaration d'engagement sur le VIH/sida adoptée lors de la Session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies (SEAGNU), dans laquelle les pays ont convenu de travailler ensemble pour atteindre les objectifs importants en soins de prévention, en soutien et les traitements, en droits de la personne ainsi qu'en recherche et développement;
  • soutenir l'Objectif de développement du millénaire afin de mettre un terme à la propagation du VIH/sida et d'en inverser le processus d'ici 2015;
  • soutenir le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme;
  • soutenir l'initiative 3 par 5 de l'Organisation mondiale de la santé pour aider les pays en développement à mettre en place des systèmes visant à fournir un traitement antirétroviral à 3 millions de personnes séropositives d'ici la fin de 2005;
  • soutenir les efforts mondiaux visant à développer un vaccin préventif contre le VIH/sida de même que des microbicides;
  • mettre en application la décision de l'Organisation mondiale du commerce qui permet aux pays d'utiliser l'octroi de licences obligatoires afin de produire et d'exporter des médicaments génériques moins dispendieux aux pays qui en ont besoin.

Lors de la quinzième Conférence internationale sur le sida tenue à Bangkok en 2004, l'ONUSIDA a estimé qu'il faudra un montant de 12 milliards de dollars US en 2005 et de 20 milliards de dollars US en 2007 pour financer des programmes efficaces de prévention, de soins, de traitements et de soutien dans les pays à faibles et moyens revenus. En 2003, les ressources disponibles de sources privées, nationales et internationales ont totalisé 4,7 milliards de dollars US. Le financement des programmes de VIH/sida doit plus que doubler au cours des deux prochaines années pour répondre aux besoins prévus des pays en développement. La contribution du Canada pour le VIH/sida n'a pas suivi l'évolution de la situation.

Le Fonds mondial pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (FMLSTP) est un mécanisme rentable et efficace pour affecter des ressources additionnelles à des projets dirigés par des pays qui combattent les trois maladies. La contribution canadienne de 50 millions de dollars US par année est bien en deçà de notre juste part des coûts mondiaux de la lutte contre ces maladies. En tant que pays bien nanti, le Canada devrait contribuer un montant équitable et proportionnel à son produit national brut (PNB). Selon le Comité permanent des affaires étrangères de la Chambre des communes, le gouvernement fédéral devrait tripler sa contribution au Fonds mondial.92

Depuis le milieu des années 80, la contribution du Canada à l'aide au développement a tant diminué qu'elle ne représente plus que 0,25 p. cent de notre PNB. Ceci va à l'encontre de l'objectif convenu il y a plus de 30 ans et réitéré dans la Déclaration d'engagement de la SEAGNU la fixant à 0,7 p. cent du PNB, ainsi que de l'engagement pris par le Canada lors du Sommet du G8 à Kananaskis en 2002 d'augmenter son aide officielle au développement de 8 p. cent. Lorsque le Canada augmente son aide officielle au développement pour le VIH/sida, celle-ci doit consister en un nouveau financement plutôt que de montants transférés d'autres projets importants de développement.

Au cours des dernières années, nos programmes d'aide se sont donné pour objectifs d'aider les pays en développement à établir eux-mêmes leurs propres priorités et de mieux collaborer avec les autres donateurs, de collaborer plus étroitement avec le secteur privé et de veiller à la cohérence de nos politiques qui touchent les pays en développement avec lesquels nous collaborons.

Bien que le gouvernement fédéral soit responsable de la plupart de nos efforts mondiaux, d'autres organismes et personnes peuvent et doivent y jouer des rôles clés. Par exemple, plusieurs organismes civils se sont unis pour créer le Groupe d'accès mondial au traitement (GAMT), partager de l'information et conjuguer leurs efforts pour influencer la contribution internationale du Canada. Lors du Sommet 2003 « La santé mondiale est un droit de la personne », parrainé par le GAMT, une grande diversité d'organismes canadiens se sont regroupés pour concevoir un programme commun proposant des mesures concrètes que les organismes peuvent revendiquer en ce qui a trait aux droits de la personne, au sexe et à la santé, aux systèmes de santé publique, à l'accès aux médicaments, aux investissements, aux politiques financières, à la recherche et à la responsabilité sociale des entreprises.93

Sur le plan personnel, les Canadiens travaillent dans des pays en développement partout dans le monde, les aidant à développer leur capacité de fournir des soins, d'évaluer les programmes et de contrôler la propagation de la maladie.

Il est important de créer des liens entre nos interventions nationales et mondiales. Nos chercheurs, les personnes qui élaborent des politiques, nos activistes et les autres peuvent faire une contribution importante et peuvent beaucoup apprendre des expériences internationales.

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Résultats visés

  • Les Canadiens seront conscients de la gravité de l'épidémie mondiale de VIH/sida et soutiendront nos efforts pour apporter de l'aide;
  • Le Canada sera un chef de file reconnu dans la lutte mondiale contre le VIH/sida;
  • Le Canada remplira ses engagements internationaux et participera plus efficacement aux interventions mondiales;
  • Dans toutes ses relations internationales, le Canada appliquera une politique cohérente, qui reflètera les positions de ce plan en matière de justice sociale, de droits de la personne et d'égalité des sexes.

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Objectifs

Le Canada fait preuve d'un leadership stratégique sur le plan international en adoptant les mesures suivantes :

  • présider l'organe directeur du Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) de 2004 à 2005;
  • siéger au Conseil du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme;
  • faire une contribution majeure à l'initiative 3 par 5 de l'OMS;
  • être l'hôte de la XVIe Conférence internationale sur le sida à Toronto, en 2006.

D'ici 2010 :

  • Plus de 90 p. cent des Canadiens seront sensibilisés à l'épidémie mondiale de VIH/sida et à ses effets;
  • Plus de 90 p. cent des Canadiens croiront que le Canada doit fournir un soutien financier continu à la lutte contre le VIH à l'extérieur de nos frontières;
  • Le Canada fournira une part équitable de son PNB au Fonds mondial de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et lle paludisme;
  • Le Canada augmentera sa contribution à l'initiative 3 par 5 pour accroître l'accès aux traitements antirétroviraux;
  • La contribution du Canada à l'aide au développement passera de 0,25 p. cent à 0,7 p. cent de son PNB;
  • L'aide officielle au développement dans le domaine du VIH/sida augmentera de façon notable et représentera du nouveau financement, pas des sommes retirées de budgets et de projets de développement existants;
  • Tous les accords, nouveaux et renouvelés, sur les investissements et le commerce international soutiendront la prévention, les soins et les traitements du VIH;
  • Le gouvernement du Canada aura élaboré une stratégie et un plan uniques et cohérents pour répondre à l'épidémie mondiale;
  • Le Canada fera une contribution stratégique et pertinente à la politique mondiale sur le VIH/sida, dans le cadre des discussions multilatérales et bilatérales.
  • Le Canada aura augmenté sa contribution stratégique pour soutenir les efforts mondiaux visant à éliminer la discrimination liée au VIH/sida et pour le respect, la protection et la promotion des droits de la personne relativement au VIH/sida;
  • Le Canada sera à l'avant-plan des efforts mondiaux pour promouvoir l'égalité des sexes et défendre les droits à la santé sexuelle et reproductive;
  • Le Canada aura augmenté sa participation stratégique aux efforts de recherche mondiaux pour développer de nouveaux traitements, technologies, vaccins, microbicides et stratégies de prévention.
  • Le Canada aura augmenté sa capacité de recherche culturellement adaptée dans le but de renforcer la prévention et les soins dans les pays en voie de développement.

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Activités

Sensibilisation

5.1 Accroître et maintenir la sensibilisation du public à l'égard de l'épidémie mondiale de VIH et de la responsabilité du Canada d'y répondre au moyen d'une stratégie de communication à long terme qui :
  • transmet des messages cohérents et éprouvés au sujet de l'épidémie mondiale;
  • fait un meilleur usage des activités de la Journée mondiale du sida pour attirer l'attention sur l'épidémie mondiale;
  • utilise des campagnes médiatiques et des communiqués de presse pour soutenir l'intérêt du public tout au long de l'année;
  • fait appel à des Canadiens connus pour promouvoir les efforts mondiaux;
  • fait appel à des leaders/porte-parole locaux, provinciaux, territoriaux et nationaux, y compris des leaders de la jeunesse ainsi que des représentants syndicaux et religieux, et s'assure qu'ils disposent du soutien et ressources nécessaires pour jouer leur rôle;
  • fait une promotion active de la Conférence internationale sur le sida de Toronto en 2006.

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Engagements internationaux

5.2 Remplir les engagements internationaux du Canada de la façon suivante :
  • faire une contribution équitable au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme proportionnellement à sa part du PNB mondial;
  • atteindre l'objectif d'aide officielle au développement de 0,7 p. cent du PNB aussitôt que possible;
  • contribuer à l'initiative 3 par 5 pour accroître l'accès aux traitements antirétroviraux;
  • engager davantage le secteur privé et la société civile dans la réponse mondiale;
  • soutenir, renforcer et habiliter les organismes et réseaux travaillant dans des pays en développement pour combattre l'épidémie de VIH;
  • faire des rapports sur nos engagements internationaux.
5.3 Mettre en place des politiques cohérentes et uniformes au sein des agences et ministères fédéraux – notamment la Santé, les Affaires étrangères, le Commerce international, l'Industrie, la Citoyenneté et l'Immigration, la Justice et la Défense nationale, Service correctionnel du Canada, Instituts de recherche en santé du Canada, l'Agence canadienne de développement international et l'Agence de santé publique du Canada – qui reflètent les valeurs de justice sociale de ce Plan d'action, et élaborer un plan directeur du gouvernement du Canada pour répondre à l'épidémie mondiale.
5.4 Faire un usage stratégique de l'expertise canadienne dans le cadre des efforts mondiaux pour répondre à l'épidémie, selon les priorités des pays que nous essayons d'aider.
5.5 Soutenir les efforts déployés pour assurer à la viabilité de la réponse mondiale au VIH/sida.

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Droits de la personne

5.6 Intégrer les droits de la personne, y compris le droit à la norme la plus élevée possible en matière de santé physique et mentale et des droits des femmes, dans les relations internationales du Canada, en s'efforçant de :
  • renforcer et mettre en application les accords sur les droits de la personne;
  • soutenir le travail du Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à la santé et le travail de suivi qui en découle, ainsi que d'autres mécanismes qui contribuent au droit à la santé, les normes de l'Organisation internationale du travail concernant les travailleurs et la santé, les lignes directrices internationales sur le VIH/sida et les droits de la personne ainsi que d'autres lignes directrices internationales sur la santé et les droits de la personne;
  • soutenir les efforts mondiaux destinés à éliminer la discrimination reliée au VIH/sida et à respecter, à protéger et à assurer les droits des personnes vivant avec le VIH/sida et des personnes et groupes vulnérables à la discrimination et à la marginalisation;
  • soutenir les efforts mondiaux pour réduire la discrimination fondée sur le sexe;
  • soutenir les efforts pour promouvoir et protéger la santé et les droits en matière de sexualité et de reproduction, et intégrer adéquatement ces efforts à ceux visant le VIH/sida;
  • soutenir les options de prévention du VIH qui peuvent être contrôlées par les femmes (p.ex. les microbicides);
  • considérer les répercussions sur l'accès à la prévention du VIH, aux soins et aux traitements avant de renouveler des accords d'investissements et de commerce ou d'en conclure de nouveaux;
  • se conformer aux lignes directrices internationales sur les recherches en santé;
  • s'assurer que les entreprises et organisations canadiennes œuvrant à l'étranger ont des politiques en matière de VIH/sida dans les lieux de travail qui respectent ou surpassent les normes des organismes internationaux du travail.

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Recherche et expertise

5.7 Participer aux efforts mondiaux de recherche pour développer des traitements, des technologies, des vaccins, des microbicides et des stratégies de prévention en matière du VIH/sida, et trouver des moyens efficaces de soigner les personnes séropositives à l'aide des systèmes de santé existants.

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Références

92
Comité permanent sur les affaires étrangères de la Chambre des communes. « Le VIH/sida et la catastrophe humanitaire en Afrique subsaharienne ».

93
Groupe d'accès mondial au traitement. « La santé mondiale est un droit de la personne! Un programme commun de la société civile pour une action concertée en regard du VIH/sida et de la santé mondiale. » Mai 2003.

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