Le Plan d'action : Ce que nous ferons d'ici à 2010

2. Répondre aux facteurs sociaux et aux iniquités qui alimentent l'épidémie

Justification

Bien que la majorité des Canadiens connaissent la façon dont le VIH est transmis, peu d'entre eux sont conscients de l'effet qu'ont les déterminants sociaux de la santé sur les risques ou l'importance d'adopter à l'égard du VIH une approche fondée sur la justice sociale et les droits de la personne. Pour plusieurs communautés -- gais, utilisateurs de drogues injectables, autochtones et personnes venant de pays où le VIH est endémique -- le VIH n'est qu'un des nombreux facteurs qui menacent leur santé. La pauvreté, l'itinérance, les stigmates, les toxicomanies, la violence, les problèmes de maladies mentales non traités, le manque d'emplois, le manque de pouvoir, le manque de choix, le manque de statut juridique (p. ex., des réfugiés sans papiers) et le manque de soutien social créent un environnement favorable au développement et à la propagation du VIH.

Une collectivité qui connaît mieux le lien entre les déterminants de la santé et le VIH soutiendra probablement davantage les programmes et services fondés sur la justice sociale. Par exemple, lorsque les gens comprennent les avantages potentiels des programmes d'échange de seringues, à savoir qu'en plus de réduire les infections, ils consolident les réseaux sociaux, créent un environnement propice à l'apprentissage et améliorent l'accès à d'autres services, ils seront plus enclins à accepter leur présence dans leur communauté.

Les politiques publiques dans plusieurs secteurs, y compris le logement, la fiscalité, les services sociaux, la justice, l'immigration et la stabilisation du revenu peuvent avoir une influence immédiate et directe sur les personnes vivant avec le VIH et les communautés à risque. Par exemple, le manque d'investissement en logement abordable empêche les gens de trouver et de conserver un logement. Les décisions politiques peuvent limiter ou augmenter l'accès aux stratégies de réduction des préjudices tels que les condoms et les seringues propres. Les politiques conçues pour assurer la santé et la sécurité des détenus et des employés des institutions carcérales entrent parfois en conflit avec l'obligation du gouvernement de préserver et de promouvoir la santé des détenus et peuvent les empêcher d'avoir des relations sexuelles sans risque ou de consommer des drogues de façon sécuritaire.

La relation entre la loi criminelle canadienne et la santé et la sécurité des travailleurs du sexe, y compris le risque de contracter le VIH, est ambivalente. De fait, la loi reflète et renforce la stigmatisation et la marginalisation de la prostitution et des travailleurs du sexe. Cette loi et son application restreignent la vie des travailleurs du sexe et leurs choix de travail, ce qui les expose à des niveaux élevés de violence et d'exploitation, de même qu'au risque de contracter le VIH. Dans les faits, les offenses liées à la prostitution en vertu du Code criminel, de façon directe ou indirecte, augmentent le risque que ces travailleurs soient victimes de violence et d'autres menaces à leur santé et à leur sécurité.50

Les utilisateurs de drogues injectables sont particulièrement vulnérables en raison des politiques qui façonnent leur environnement. Les lois canadiennes en matière de stupéfiants poussent les activités reliées aux drogues dans la clandestinité, ce qui fait que les consommateurs de drogues n'utilisent pas les programmes de réduction des préjudices et de prévention qui pourraient les aider. Lorsque les consommateurs de drogues sont appréhendés, la plupart aboutissent en prison plutôt qu'en traitement, ce qui augmente leurs risques d'infection. Les récentes mesures visant à décriminaliser la possession de petites quantités de marijuana, à fournir des solutions de rechange à l'emprisonnement et à étendre les programmes de réduction des préjudices pour les consommateurs de drogues sont des exemples de politiques qui tentent de répondre aux causes fondamentales et de réduire les risques.

Ressources

En 2003, le Réseau juridique canadien VIH/sida a beaucoup circulé pour commentaires le Plan d'action pour agir afin de vaincre les stigmates et la discrimination associés au VIH/sida, qui établit les mesures que les gouvernements, les organismes, les groupes de défense, les citoyens et les autres devraient prendre pour remplir leurs obligations légales :

  • participation des personnes vivant avec le VIH/sida et vulnérables au VIH;
  • lutte contre les attitudes stigmatisantes;
  • défense des droits;
  • amélioration des services;
  • renforcement de la recherche et des évaluations.

La version finale du Plan a été publiée au début de 2005.

de Bruyn, Theodore. Un Plan d'action pour réduire les stigmates et la discrimination liés au VIH/sida. Réseau juridique canadien VIH/sida. 2004. Disponible avec le fascicule en français ou en anglais à l'adresse:
http://www.aidslaw.ca/francais/
Contenu/themes/discrimination.htm

Les politiques problématiques ne sont pas l'apanage du gouvernement. Les politiques rigides du milieu de travail dans le secteur privé peuvent empêcher une personne séropositive de reprendre le travail ou de travailler à temps partiel et de profiter des avantages sociaux accompagnant l'emploi (p. ex., soutien social, intégration dans la société, contribution à l'économie). L'incidence de ces politiques n'est pas limitée aux personnes séropositives; elles touchent aussi de nombreuses personnes atteintes de maladies débilitantes de longue durée.

Pour réduire les iniquités sociales qui alimentent l'épidémie, nous devons nous attaquer aux stigmates dans la population en général et dans les communautés les plus touchées par le VIH. Pour être efficaces, les programmes anti-stigmates requerront une participation significative des personnes vivant avec le VIH. Selon une recherche sur la schizophrénie, une autre maladie très stigmatisée, les programmes qui ont le mieux réussi à changer les attitudes du public mettaient les gens en contact direct avec des personnes atteintes de schizophrénie.51

Au cours des années 80, le soutien social des personnes séropositives au sein de la communauté gaie a aidé les gens à parler ouvertement de leur maladie, à amélioré leur santé, à favoriser et normaliser les pratiques sexuelles sécuritaires. Depuis quelques années, les organismes communautaires de lutte contre le sida rapportent une diminution du soutien pour les gais nouvellement infectés et une augmentation des stigmates au sein de la communauté gaie.52 Le VIH est également une maladie très stigmatisée dans les communautés autochtones et parmi les personnes venant de pays où le VIH est endémique. Ces attitudes réduisent les personnes au silence et à l'isolement, et le silence permet au virus de se propager.

In June 2001, all the member countries of the United Nations, including Canada, made a commitment to develop national plans to confront stigma and to take other measures to eliminate all forms of discrimination and protect human rights. This document is one step in fulfilling that commitment.

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Résultats visés

  • La dignité et la valeur de chaque personne seront reconnues;
  •  Les personnes et les communautés à risque auront accès à l'éducation, à la sécurité du revenu, au logement, au soutien social et à l'emploi dont elles ont besoin pour maintenir et améliorer leur état de santé et pour réduire leur vulnérabilité au VIH;
  • Les personnes séropositives vivront plus longtemps et en meilleure santé, à l'abri des stigmates et de la discrimination, et tous leurs besoins de base sont comblés;
  • Les communautés collaboreront pour donner aux personnes vivant avec le VIH et aux communautés à risque, un accès à l'ensemble des services sociaux et sanitaires;
  • Tous les gouvernements auront mis en place des lois et des politiques de soutien qui font la promotion de la santé et réduisent ou éliminent les iniquités sociales qui alimentent l'épidémie.

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Objectifs

Pour les personnes

D'ici 2010 :

  • La proportion de personnes séropositives et vivant dans la pauvreté diminuera;
  • La proportion de personnes séropositives et dépendant des banques alimentaires diminuera;
  • La proportion de personnes séropositives vivant dans un logement abordable et approprié augmentera;
  • La proportion de personnes séropositives qui rapportent avoir accès à des emplois flexibles et adaptés au VIH augmentera;
  • La proportion de personnes séropositives qui rapportent avoir des réseaux importants de soutien social augmentera;
  • La proportion de personnes séropositives souffrant de dépressions non traitées diminuera;
  • Le nombre de rapports de stigmatisation et de discrimination en matière de logement, d'emploi ou autres diminuera;
  • La proportion de personnes séropositives qui rapportent se sentir stigmatisées par leur maladie diminuera;
  • Les gais, les autochtones et les personnes venant de pays où le VIH est endémique qui vivent avec le VIH recevront plus de soutien au sein de leur propre communauté ethnique ou culturelle;
  • La proportion de Canadiens qui se sentent à l'aise de travailler avec une personne séropositive passera de 70 p. cent à 90 p. cent;
  • La proportion de parents canadiens qui se sentent à l'aise de voir leurs enfants fréquenter une école où il y a un étudiant séropositif passera de 57 p. cent à 80 p. cent.

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Pour les organismes et les communautés

D'ici 2010 :

  • Les organismes élaboreront des programmes pour réduire les iniquités sociales qui alimentent l'épidémie;
  • Les communautés à risque (c.-à-d. les utilisateurs de drogues injectables, les autochtones, les personnes venant de pays où le VIH est endémique, les détenus) rapporteront des améliorations mesurables de leur accès à des services sociaux et sanitaires complets et appropriés, y compris le logement, le revenu et les programmes de réduction des préjudices/promotion de la santé;
  • Les organismes qui offrent des services aux personnes séropositives et aux communautés à risque recevront du soutien pour réduire les stigmates et la discrimination reliés au VIH dans leurs communautés respectives;
  • Les communautés à risque élaboreront et mettront en place des stratégies visant à augmenter le soutien social pour leurs membres qui vivent avec le VIH.

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Pour les gouvernements

D'ici 2010 :

  • Les gouvernements mettront en œuvre des plans à long terme pour répondre aux stigmates et à la discrimination reliés au VIH;
  • Le VIH/sida sera inscrit à l'ordre du jour des discussions intergouvernementales au sujet de la santé et du bien-être, particulièrement en milieu urbain;
  • Les gouvernements auront élaboré des plans concrets pour changer toute politique ou loi qui entrave les efforts visant à enrayer l'épidémie;
  •  Les gouvernements auront pris des mesures importantes pour adopter une approche axée sur la santé et les droits de la personne (par opposition à une approche axée sur la crimilalité) à l'égard de la consommation de drogues;
  • Les gouvernements donneront aux personnes qui vivent avec le VIH l'occasion de participer davantage aux décisions, aux organisations et aux programmes gouvernementaux.

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Activités

Droits de la personne

2.1 Poursuivre des initiatives communes -- locales, provinciales, territoriales et fédérales -- permettant d'accroître la sensibilisation aux facteurs sous-jacents qui contribuent à l'épidémie et favoriser le changement.
2.2 Mettre en application les lois, politiques et autres mesures conçues pour protéger les droits des personnes séropositives et utiliser d'autres mesures, y compris les communications et l'éducation, pour sensibiliser le public aux questions des droits de la personne.
2.3 Financer les initiatives qui pourraient réduire les iniquités sociales (p. ex., initiatives axées sur la violence familiale, programmes conçus pour réduire la violence physique et sexuelle, programmes visant à la réduire les préjudices).
2.4 Rendre l'aide juridique accessible aux personnes vivant avec le VIH et à celles à risque qui subissent de la discrimination ou une violation des droits de la personne.
2.5 Créer un environnement juridique et politique qui préserve la santé des utilisateurs de drogues injectables en examinant et, si nécessaire, en changeant les lois actuelles pour refléter une approche axée sur les droits de la personne; réduire le fardeau du système de justice pénale et assurer que les utilisateurs de drogues injectables ont le même accès aux services de santé que les non-consommateurs.
2.6 Créer un environnement qui préserve la santé des détenus des prisons en examinant et, si nécessaire, en changeant les politiques qui ont un impact négatif sur leur santé et sur leur accès à des services reliés au VIH existants dans la communauté.
2.7 Créer un environnement qui préserve la santé des travailleurs du sexe en examinant et, si nécessaire, en changeant les politiques locales, provinciales, territoriales et fédérales qui ont un impact négatif sur leur santé.
2.8 Examiner d'autres lois, politiques et pratiques des secteurs public et privé et changer celles qui nuisent à la prévention du VIH, à son diagnostic, aux soins, aux traitements et au soutien.

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Sécurité du revenu, logement et emploi

2.9 Établir des données de référence sur les déterminants sociaux de la santé (c.-à-d. le nombre de personnes séropositives aux prises avec des problèmes de pauvreté, de sécurité alimentaire, de logement, de soutien social, d'emploi, de dépression, de discrimination).
2.10 Examiner et, si nécessaire, changer les politiques et pratiques d'aide sociale ainsi que les lois, politiques et pratiques en matière d'assurances pour procurer aux personnes vivant avec le VIH et aux personnes à risque une meilleure sécurité du revenu.
2.11 Examiner et, si nécessaire, changer les politiques et pratiques en matière de logement -- municipales, provinciales, territoriales et fédérales -- pour donner aux personnes vivant avec le VIH et aux communautés à risque un meilleur accès à un logement abordable et approprié.
2.12 Examiner et, si nécessaire, changer les lois, politiques et pratiques en matière d'emploi pour donner aux personnes vivant avec des maladies débilitantes à long terme un meilleur accès aux emplois adaptés à leurs incapacités.

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Stigmates et discrimination

2.13 Mettre en œuvre des initiatives axées sur la communication/l'éducation, dont des programmes éducatifs adaptés à l'âge des enfants et des jeunes, conçus pour lutter contre tous les types de discrimination (c.-à-d. le racisme, l'homophobie, le sexisme), la violence et les abus.
2.14 Mettre en œuvre des programmes éducatifs conçus pour changer les attitudes négatives du public à l'égard des consommateurs de drogues et rendre les gens plus réceptifs aux initiatives de réduction des préjudices dans leur communauté.
2.15 À tous les niveaux -- fédéral, provincial, territorial et local -- améliorer la capacité de répondre immédiatement à toute forme de discrimination associée au VIH.
2.16 Mettre en œuvre des programmes visant à éliminer les stigmates et la discrimination associés au VIH et qui donnent aux gens l'occasion d'entrer en contact direct avec des personnes séropositives.
2.17 Créer au sein des communautés gaies, autochtones et ethnoculturelles un environnement qui réconforte les personnes séropositives et qui consolide leur place au sein de la communauté.

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Recherche/surveillance

2.19 Effectuer des enquêtes régulières auprès des personnes vivant avec le VIH et des communautés à risque, pour évaluer leur accès au revenu, au logement, à l'emploi et au soutien social ainsi que leurs expériences relatives aux stigmates et à la discrimination, en se servant de données sur les populations vulnérables recueillies d'une façon qui respecte leur droit à la confidentialité et à la vie privée.
2.19 Mieux comprendre les relations entre la connaissance, les contacts personnels et la distance sociale pour éclairer les programmes visant à réduire les stigmates et la discrimination.

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Références

50
Betteridge, G. « Sex, Work, Rights: Reforming Canadian Criminal Laws on Prostitution » Montréal : Réseau juridique canadien VIH/sida, 2005.

51
Stuart, H. « Stigmatisation. Leçons tirées des programmes visant sa diminution » Santé mentale au Québec, vol. 18, no 1, p. 54-72.

52
Communication verbale. Ontario AIDS Network. 2003.

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