État actuel de l'épidémie :
raisons pour lesquelles nous devons redoubler d'effort

3. Trop de personnes séropositives ne reçoivent pas de traitement ou y sont réfractaires, et trop d'entre elles meurent

Malgré une baisse marquée du nombre de décès au milieu des années 90, les gens meurent encore du sida. Certains craignent que le nombre de décès aurait récemment augmenté, citant, parmi d'autres observations, le nombre inquiétant d'activistes VIH très connus qui sont récemment décédés (incluant un membre du comité de direction travaillant au développement de ce document).

Des problèmes complexes de gestion des traitements ont également fait surface. La plupart des personnes qui meurent actuellement des causes du sida n'ont pas été traitées du tout, n'ont pas été traitées assez rapidementou n'ont pas réussi à prendre les bons médicaments. Certaines ne peuvent pas tolérer les médicaments ou ont des souches du virus qui résistent aux traitements.10 D'autres trouvent qu'il est difficile de gérer les exigences complexes des régimes des traitements (p. ex., le nombre de pilules, le moment de les prendre, etc.) Dans certains cas, la complexité du traitement le rend inaccessible. Une étude menée en Colombie-Britannique a démontré que les taux de décès liés au sida demeurent élevés en raison d'un manque d'accès ou d'un accès restreint à la thérapie antirétrovirale parmi certaines populations. L'étude a révélé qu'une personne sur trois qui sont décédées des suites du sida en Colombie-Britannique n'avait jamais été traitée aux antirétroviraux. Les autochtones, les femmes, les gens à faible revenu et les personnes vivant dans l'est du centre-ville de Vancouver étaient surreprésentés dans ce groupe. Les chercheurs en ont conclu que parmi les priorités, il était urgent d'intervenir pour élargir l'accès des autochtones, des femmes, des gens à faible revenu et des personnes qui utilisent des drogues injectables à la thérapie antirétrovirale. Selon les chercheurs, les stratégies pour accroître l'accessibilité et le respect de la thérapie devraient inclure un meilleur accès à des programmes de traitement pour toxicomanie, des programmes sous surveillance directe, la disponibilité de services médicaux sans rendez-vous et des pharmacies sur place dans les cliniques médicales11. Malgré les efforts importants déployés par les systèmes carcéraux, les détenus séropositifs ont encore des problèmes d'accès aux traitements qui sont disponibles à l'extérieur des prisons. Un grand nombre de détenus séropositifs cessent le traitement antirétroviral lorsqu'ils sont en prison.12 En outre, le CATIE rapporte une augmentation des appels concernant les régimes inefficaces et la résistance aux médicaments de la thérapie de sauvetage.13

La prévalence générale de la pharmacorésistance primaire pour au moins un médicament antirétroviral a été déterminée chez 8,6 % de notre population échantillon composée de sujets nouvellement diagnostiqués et qui n'avaient jamais reçu de traitement. Une polypharmacorésistance (c'est-à-dire une résistance à plus d'une classe de médicaments antirétroviraux) a été déterminée chez 1,3 % de l'échantillon. Une pharmacorésistance primaire a été observée chez des femmes et des hommes; chez différents groupes d'âge, chez différentes origines ethniques ainsi que pour différentes catégories d'exposition; pour des infections par les sous-types A, B et C du VIH; pour des infections récentes et établies. La prévalence de la pharmacorésistance primaire est analogue aux taux observés dans d'autres pays, où des traitements antirétroviraux très actifs sont pratiqués à grande échelle. 14

Ces tendances font également ressortir la nécessité des diagnostics précoces, de nouveaux traitements et vaccins, de régimes de traitement moins complexes et d'un accès à des soins palliatifs.

Références

10
Harrigan, P.R., Hogg, R.S., Dong, W.W.Y., Yip, B., Wynhoven, .B, Woodward, J., Brumme, C.H., Brumme, Z.L., Mo, T., Alexander, C.S., Montaner, J.S.G. « Predictors of HIV Drug Resistance Mutations in a Large Drug-Naïve Cohort Initiating Triple Antiretroviral Therapy ». BC Centre for Excellence in HIV/AIDS, Department of Medicine, University of British Columbia.

11
Wood, E. et al. « Prevalence and correlates of untreated human immunodeficiency virus type 1 infection among persons who have died in the era of modern antiretroviral therapy ». Journal of Infectious Diseases, no 188, p. 1164-1170, 2003.

12
Jurgens, R. « Canada: Does incarceration result in HIV treatment interruptions? » Canadian HIV/AIDS Policy & Law Review, vol. 9, no 2, p. 49-50, 2002. Avec référence à Kerr, T., Marshall, A., Walsh, J., Palepu, A., Tyndall, M.W., Hogg, R.S., Montaner, J., Wood, E. « Determinants of highly active antiretroviral discontinuation among injection drug users ». Canadian Journal of Infectious Diseases, vol. 15 (Suppl. A), p. 86A (abrégé 458P), 2004.

13
Communication électronique du CATIE. Juin 2004.

14
Agence de santé publique du Canada. « Les souches VIH-1 et la pharmacorésistance primaire au Canada : Rapport de surveillance en date du 31 mars 2004 ». Division de la surveillance et de l'évaluation des risques, Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses, Agence de santé publique du Canada, 2005.

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