État actuel de l'épidémie :
raisons pour lesquelles nous devons redoubler d'effort

2. Les personnes séropositives ont des besoins de plus en plus complexes

Avec l'avènement du traitement antirétroviral hautement actif (TARVHA), les personnes séropositives vivent beaucoup plus longtemps que durant les années 80 et 90, lorsque le délai entre le diagnostic et la mort se comptait en mois. Mais le fait de vivre plusieurs années avec une maladie infectieuse mortelle met à rude épreuve la santé des personnes, leur qualité de vie, leurs finances, leur indépendance et leur estime de soi.

Malgré les progrès accomplis en traitement du VIH, de nombreuses personnes -- surtout celles qui vivent dans de petites communautés rurales et éloignées, mais également celles qui vivent dans de grands centres urbains -- ont encore des problèmes d'accès aux soins et aux traitements. Cela est amplifié par le manque de médecins et de fournisseurs de soins de santé à l'échelle nationale et par la complexité croissante des besoins des personnes séropositives.

Bien que les traitements antirétroviraux pour le VIH soient efficaces pour beaucoup de gens, ils ne sont pas dépourvus de conséquences sérieuses pour autant. En effet, ils sont associés à une grande variété d'effets secondaires graves tels que le cancer, les maladies cardiaques, la neuropathie périphérique, la lipodystrophie et les troubles neurocognitifs. Plus les personnes reçoivent des traitements ARV longtemps, plus elles risquent de développer des maladies cardiaques, rénales et hépatiques.3

Une proportion importante de personnes séropositives ont également d'autres maladies qui menacent leur santé et compliquent les soins. Par exemple, jusqu'en décembre 1999, environ 11 194 personnes séropositives, ou plus de 20 p. cent, étaient aussi infectées par l'hépatite C 4 et, depuis, ce nombre est passé à environ 14 000 personnes. Selon le Réseau canadien d'info-traitements sida (CATIE), les questions les plus fréquemment posées au sujet des ARV portent sur l'insuffisance hépatique et la façon de préserver les fonctions hépatiques en cas de coinfection au VIH/hépatite C, sur les changements métaboliques causés par les ARV, particulièrement au chapitre du cholestérol, des lipides, de la glycémie, et sur la lipodystrophie.5

De nombreuses personnes vivant avec le VIH doivent composer avec des dépendances ou des maladies mentales. Entre 40 et 60 p. cent des personnes séropositives souffrent de dépression, ce qui peut causer un affaiblissement de leur système immunitaire, une accélération de la maladie, le non-respect des régimes des traitements (et, par conséquent, un échec du traitement et le développement d'une résistance aux médicaments anti-VIH), de plus grands risques de suicide et une plus grande difficulté à maintenir des pratiques sexuelles et de consommation de drogues sécuritaires. 6, 7, 8

En raison de leurs besoins complexes, les personnes séropositives font souvent face à des frais élevés de médicaments sur ordonnance et de traitements complémentaires (p. ex., vitamines, massages) qui ne sont pas couverts par les régimes d'assurance-maladie gouvernementaux ou privés. L'impact financier du VIH est souvent amplifié par le manque d'emplois flexibles ou de régimes d'assurance-invalidité adaptés à des personnes qui traverseront des périodes de maladie les empêchant de travailler. En conséquence, de plus en plus de personnes séropositives au Canada sont contraintes de vivre dans la pauvreté, sans logement adéquat.9

De nombreuses personnes vivant avec le VIH/sida se débattent également pour gérer leurs relations sexuelles dans le contexte d'une maladie transmise sexuellement pouvant être mortelle. Bien que les personnes séropositives aient droit à une vie sexuelle saine et active, peu de mesures ont été prises pour les aider à développer une sexualité plus affirmative, ce qui contribuerait à des stratégies de prévention à long terme pour se protéger elles-mêmes et pour protéger leurs partenaires (d'une réinfection). Ces outils leur permettraient en plus d'aider à développer des réponses au VIH plus générales.

Références

3
Palella, F.L. Jr, Baker, R., Moorman, A.C., Chmiel, J., Wood, K., Holmberg, S.D., et les HOPS Investigators, « Mortality and Morbidity in the HAART Era: Changing Causes of Death and Disease in the HIV Outpatient Study ». Northwestern Univ., Chicago, IL, USA; Cerner Corp., Herndon, VA, USA; et CDC, Atlanta, GA, USA.

4
Remis, R. « Final Report: Estimating the Number of Persons Co-infected with Hepatitis C Virus and Human Immunodeficiency Virus in Canada ». Faculté des sciences de la santé publique, Université de Toronto. 31 mars 2001.

5
Communication électronique du CATIE. Juin 2004

6
Ciesla, J.A. « Meta-analysis of the relationship between HIV-infection and risk for depressive disorders », Amer J Psychiatry, no 158, p. 725-30 (2001); Ickovics, J.R. et al., « Mortality, CD4 cell count decline and depressive symptoms among HIV-seropositive women », JAMA, no 285, p. 1466-74 (2001).

7
Cohen, M. et al., « Prevalence of distress in persons with HIV », Psychosomatics, no 43, p. 10-15 (2002).

8
Ickovics, J.R. et al., « Mortality, CD4 cell count decline and depressive symptoms among HIV-seropositive women », JAMA, no 285, p. 1466-74 (2001).

9
Bureau du sida. « Le sida en Ontario 2002 ». Ministre de la Santé et des Soins de longue durée de l'Ontario.

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